Mensuel internet des micro et nano aquariums récifaux

édiTo: Mars 2007

Le numéRo 12 !

Carramba ! Il faut faire l'édito du nouveau nanoZine ! Et moi qui n'arrive pas à publier le Quizz...

Tant pis, vous pouvez le tester sur : http://microrecif.ovh.org/quizz.htm

Nouvelle importante, le concours photos de francenanorecif va bientôt rendre son verdict, vous allez regretter de ne pas avoir participé (car il y a un lot à la clé, si, si).

Au menu du numéro 12 : La préservation des écosystèmes et des ressources naturelles est le sujet des articles de System c (gestion des récifs) et SingingLarvae (PV-DIY). Deux points de vues pour un même objectif maintenir la biodiversité de notre petite planète. TRT nous fait découvrir 'quelques grammes' à placer dans son micro branchu. La partie bricolage pratique n'est pas en reste avec les trucs et astuces d'Alexandre sur les réflecteurs home-made et de Mr N_Dadou sur l'osmolation. Bonne lecture.

JLC (Jean-Louis Cuquemelle)

Au sommaire du numéro de mars :
  • Management et restauration des récifs coralliens - System c
  • Pierres vivantes artificielles – SingingLarvae
  • Quelques grammes de finesse dans un monde de brut - The Reef Terminator
  • Le NanoReefFlux – Alexandre
  • L'osmolation du robinet à vos bacs – N_Dadou

Management et restauration des récifs coralliens

Auteur: System c
Rubrique: échos du récif
Niveau: tous



MANAGEMENT ET RESTAURATION DES RECIFS CORALLIENS:
Exemples d'activité de repeuplement et de restauration des récifs coralliens par l'action d'O.N.G comme REEFKEEPERS ou REEF CHECK qui agissent pour un développement et une exploitation durable des récifs coralliens.






PREAMBULE:

Les récifs coralliens sont le deuxieme écosysteme le plus riche biologiquement après les forets tropicales humides.
Ils produisent à la fois des ressources alimentaires pour plus de 450 millions de personnes, des protections contre les vagues des typhons, des lieux de vacances pour les touristes et surtout la base de la peche mondiale (25% des poissons mondiaux se trouvent à proximité des récifs coralliens)

Les récifs coralliens font face à une crise globale due au réchauffement climatique, à la pollution et aux rejets divers, à la surexploitation des ressources et aux pratiques de peche destructives (cyanure, dynamite) , entre autres.
L'industrie aquariophile endommage aussi, mais secondairement les récifs coralliens, en déstabilisant légérement l'écosysteme par les prélèvements, même si ceux-ci restent mineures.


Une des solutions pour réduire l'impact de la surexploitation des ressources, est de trouver des méthodes et projets pour reconstruire les stocks de poissons de bouche et assurer la réhabilitation des zones où les coraux ont régréssé toujours dans le but d'assurer un développement durable des ressources des récifs.
Ce sont les actions qu'ont entrepris REEFKEEPERS et REEF CHECK, des O.N.G qui se consacrent à la restauration et à la protection des récifs coralliens en créant des projets permettant de pallier à la disparition de ces ressources marines, si essentielles pour l'humanité.

Ces O.N.G ont mis en place notamment deux projets:
1) l'un sur LE PROJET DE CAPTURE, D'ELEVAGE ET DE RELACHE DES POST-LARVES DE POISSONS
2) l'autre sur la RECONSTRUCTION ARTIFICIELLE DE PORTIONS DE RECIFS CORALLIENS





Voici les deux types de projets mis en place et expliqués sommairement:



1) LE PROJET DE CAPTURE, D'ELEVAGE ET DE RELACHE DES POST-LARVES DE POISSONS:

Ce projet a pour but de reconstruire les stocks de poissons d'ornement destinés à la bouche jusqu'à leur niveau normal, dans des zones protégées aux Phillippines et en Indonésie. Ce projet permettrait de créer des pecheries auto-suffisantes et durables pour les populations locales.
-Les vertus économiques sont multiples: en formant certains membres de la population locale à ce type d'élevage, des emplois sont créés ainsi que des ressources. Des pecheurs peuvent alors arréter de prélever dans le milieu naturel pour se consacrer à l'élevage. Ceci entraine une réduction de la pression sur l'écosysteme.
-Le fait de relacher régulierement dans la nature des juvéniles de poissons à potentiel alimentaire permet de maintenir un stock constant , et permet aux pécheurs locaux de mieux vivre de leur peche tout en garantissant une exploitation durable.
- Les juvéniles à potentiel commercial sur le marché aquariophile peuvent permettre à la ferme de rentabiliser son activité.

L'impact de prélevements des larves est tres faible pour l'écosysteme récifal: 90% des larves sont dévorées avant d'arriver sur le récif, et sur 1000 larves prélevées en moyenne par nuit sur un récif donné, l'impact écologique est tres faible et sans conséquence.
Les scientifiques s'accordent pour dire qu'il faut capturer les larves au moment ou elles retournent sur le récif. Il est alors certain qu'elles y ont leur place, et on peut envisager de les élever en ferme pour les relacher ensuite sur ce meme récif.
Ceci implique que chaque ile doit posséder sa ferme d'élevage, afin de tenir compte des écosystèmes spécifiques et ne pas risquer de les perturber par des exports intempestifs d'animaux.


Post-larves en attente de relachement




Evolution d'une larve de Zebrasoma Veliferum
8 jours 1 mois 4 mois

Cycle de vie des post-larves:







2) LA RECONSTRUCTION ARTIFICIELLE DE PORTIONS DE RECIFS CORALLIENS

Que cela soit en raison des activités directes des hommes (surexploitation des ressources, tourisme, peche avec des moyens illégaux, sédimentation), des effets associés (réchauffement de la planete et des mers, El Nino) ou de phénomènes naturels (tempetes), les récifs coralliens souffrent partout.
Les effets de cette destruction sont conséquents tant sur le tourisme que sur la capacité des récifs à subvenir aux besoins des populations humaines, que cela soit la nourriture ou la protection offerte par des barrieres saines capables de s'autoréparer.

Il existe des opportunités de renverser cette tendance, par la mise en place d'opérations de culture coralliennes et de reconstruction artificielle des récifs, avec la participation active des populations locales, avec pour avantages:
- l'éducation des populations locales sur l'importance et la valeur du corail, ce qui facilite sa protection
- la valorisation du corail permet d'envisager son exploitation durable
- la création d'une activité économique pour les populations locales
- la production artificielle de colonies coralliennes permet la restauration de récifs locaux détruits, voire l'exportation vers les marchés aquariophiles sans l'impact du prélèvement incontrolé
- aucune technologie lourde n'est nécessaire et des capacités de production importantes sont possibles


Voici un exemple de fermage d'élevage de corail par des pécheurs réalisé aux Philippines avec les populations locales en 2003 et supervisé par des biologistes:

Le prélèvement des souches mère se fait en milieu naturel:

Puis ces boutures sont fixés par les femmes des pécheurs: montage des boutures sur leur support avec du fil de fer

Les boutures ainsi préparées sont réparties dans divers enclos en fonction de leur stade de développement ou de leur besoins environnementaux

En quelques semaines , les boutures encroutent leur support et commençent à pousser et à former des branches
:

Cette technique est aussi utilisé sur de grandes échelles par d'autres fermes d'élevage de coraux comme ici aux iles Salomon: avec une croissance d'un centimetre par mois en moyenne pour les especes du type Acropora, le développement est rapide et il est rapidement possible d'obtenir une autarcie dans la production:





POUR CONCLURE

Ce genre de projets nécessite les moyens suivants pour etre réalisable:
- l'appui et le support actif de résidents locaux
- l'appui des autorités locales
- la sélection de sites aptes à la restauration et/ou à l'élevage
- le recrutement d'éleveurs locaux
- la formation de ces éleveurs et leur encadrement technique
- La disposition de plongeurs familiarisés avec la manipulation et le bouturage du corail
- les moyens financiers nécessaires
Ce type d'action est déjà régulierement menée aux Philippines, aux iles Salomon, entre autres.

La nécessité d'un développement durable pour agir en faveur de la protection de l'écosysteme corallien est clairement apparue depuis quelques années. Nombreux sont ceux qui comprennent maintenant que les impacts de l'homme sur la planete et ses ressources sont profonds et induisent des effets à long terme, parfois déjà irréversibles, tant sur l'environnement, que sur l'humanité elle-même.

Pierres vivantes artificielles

Introduction

La production de pierres vivantes artificielles est un aspect très important de l’aquariophilie récifale responsable. Les roches utilisées comme pierres vivantes ont mis plusieurs dizaines voir plusieurs centaines d’années à se former et servent à protéger le récif des agressions des vagues, de supports aux coraux, etc.

Les techniques de production de ces roches artificielles sont au point : elles sont utilisées par les aquariums publics américains depuis très longtemps. Mais peu de récifalistes osent franchir le pas, sans doute par manque de temps, mais aussi du fait de retours d’expériences pas toujours probants. Il est pourtant facile de se lancer et de faire changer cela !

Quelques bases

Différentes techniques sont disponibles pour la création de pierres artificielles à usage récifal. Le principe reste néanmoins toujours le même : l’utilisation d’une ou plusieurs matrices (aragonite, coquilles d’huîtres, etc.) et d’un liant.

On emploie le plus souvent comme liant du ciment Prompt (ciment destiné aux maçonneries en milieux marins). J’ai testé différents ciments tels que le ciment Portland standard, le ciment prompt ou le ciment blanc et je n’ai jusqu’à présent perçu aucune différence au niveau résistance ou largage de substances nocives. J’ai néanmoins une préférence pour employer des marques connues (Lafarge par exemple), de manière à avoir l’assurance d’un ciment de qualité supérieure.

Globalement, on mélange dans des proportions définies la « matrice » choisie et le liant. Il est préférable de bien nettoyer auparavant les « ingrédients » à l’eau claire pour retirer toutes poussières qui diminueraient la prise du ciment. Le mélange est ensuite coulé dans un moule ayant la forme désirée de la future pierre. Il est très important de bien mouiller ce dernier et de garder une humidité maximale durant une période minimale de 48h (par exemple en recouvrant le moule d’une bâche plastique). Le ciment en effet ne durcit pas en séchant (en perdant de l’eau), mais au contraire par hydratation ! Garder votre mélange humide permettra une résistance mécanique maximale et une porosité élevée. Et soyez patient : 48h de séchage est un minimum !

Pierres artificielles moulées et prêtes à être recouverte pour la phase de séchage

La deuxième étape, primordiale est celle de curage. Les pierres artificielles doivent impérativement perdre les différentes substances dissoutes issues du séchage du ciment. Pour se faire, on plonge ces pierres « fraîchement moulées » dans un grand volume d’eau douce propre et renouvelé périodiquement (au minimum deux fois par semaine). De cette manière, calcium, sulfites et autres substances en excès et potentiellement nocives pour l’aquarium vont se trouver diluées, délavées et éliminées. Une période de curage d’un minimum de 5 semaines est recommandée. Certaines personnes emploi différents acides (acide chlorhydrique, acide acétique) pour accélérer le curage. A mon sens, on ne neutralisera ainsi qu’une partie des composées, pas tous. Mieux vont donc laisser le temps et l’eau jouer leurs rôles. La fin de la période de curage peut être confirmée en effectuant des tests de pH. Si le pH de l’eau de curage augmente au bout de 72h (par exemple passage de 7.2 à 7.4), c’est que les pierres ne sont pas encore prêtes à rejoindre un aquarium : renouvelez l’eau et laissez tremper une semaine supplémentaire. Il est préférable d’être certain de la bonne neutralisation des pierres avant de les introduire dans un bac !

Dans mon cas, j'utilise une citerne de récupération d'eau de pluie : cela permet de stocker plusieurs dizaines de kilos de pierres et d'assurer un renouvèlement d'eau constant en hiver.

La citerne de stockage et curage des pierres artificielles
Emploi

Une fois neutralisées, les pierres peuvent être employées pour un usage récifal. Il faut néanmoins garder à l’esprit que ces pierres sont totalement inertes : aucune bactéries, microfaunes ne les colonisent !! Pour provoquer cette « invasion » bienvenue et nécessaire à la bonne marche d’un bac récifal, on pourra envisager différentes approches.

La plus connue consiste à effectuer un mélange de pierres artificielle et de pierres vivantes; on recommande généralement un ratio de 25% (pierres artificielles / pierres vivantes). Par exemple pour un aquarium de 100 litres, on utilisera : 100 litres x 20% = 20 kg de pierres au total ; dont : 20 kg x 25% = 5 kilos de pierres artificielles, le reste (15 kilos) étant composé de pierres vivantes. Les invertébrés et autres bactéries des pierres vivantes vont alors progressivement coloniser les pierres mortes, les rendant « vivantes » en quelques mois.


Pierre artificielle en aragonite et ciment prompt au bout de 2 mois de colonisation
(photo Nano76)


Une autre solution est de déposer dans la décantation ou la cuve principale d’un aquarium déjà mature quelques kilos de pierres artificielles. En maximisant les « hébergeurs », par exemple dans différents bacs et chez plusieurs récifalistes, on maximisera la biodiversité des pierres artificielles. On peut tout à fait envisager de bâtir un bac en utilisant exclusivement de telles pierres « colonisées », mais au bout d’un minimum de 2 mois de stockage.

Une méthode alternative (que je teste actuellement) est d’induire la colonisation des pierres artificielles en utilisant… des sédiments collectés dans différents bacs ! Ces sédiments sont en effet riches en spores, copépodes, isopodes, etc. En gardant les pierres dans des conditions « récifales » (c'est-à-dire à 27°, éclairées et aérées et en effectuant de réguliers changement d’eau), il devrait être possible d’induire une colonisation. La patience reste de mise : j’estime à un an le temps nécessaire à leur complète maturation !! Dans mon cas, j’utilise une cuve plastique (récupérateur d’eau de pluie) de 300 litres stockée avec près de 80 kilos de pierres artificielles. Après presque 2 mois de « mise en culture », les pierres ont déjà largement perdues leur couleur blanche initiale pour gagner une très belle teinte rouge vif du fait d’une… explosion de diatomées ! Ce bloom est en cours de régression et quelques tâches plus colorées (coraline) commencent à apparaitre de ci- de là. Quelques isopodes commencent aussi à montrer le bout de leurs antennes !

La cuve employée pour la maturation des pierres
(éclairage par T8, chauffé, brassé par un système de "trickling")

Quelques recettes


Eclats de coquilles d’huîtres

Ma méthode favorite : j’utilise des éclats de coquilles d’huîtres disponibles en graineteries ou auprès de coopératives agricoles. Le prix demandé est modeste (environ 10€ pour 25 kilos) et de tels sacs sont relativement facile à trouver.
12 volumes d’éclats de coquilles
2,5 volumes de ciment
Liens : Pierres vivantes artificielles : comment faire

Sable d’aragonite ou Maërl

La plus connue : le prix de l’aragonite est parfois rédhibitoire mais ses effets positifs en récifal sont indiscutables. On peut aussi envisager d’employer du maërl suffisamment fin
5 volumes de sable d’aragonite ou de maërl
1 volume de ciment
Liens: Making arocrete (TM) live rocks

Sel

Il est primordiale de choisir un sel avec des cristaux suffisamment gros : du gros sel de cuisine s’avère par exemple trop petit. Il est possible d’employer du sel destiné au déneigement, certains vont jusqu’à employer du sel adoucissant concassé.
4 volumes de sel
1 volume de ciment
Liens: The ultimate DIY live rocks

Facile, écologique, économique et sans limite !


Faire ses propres pierres, cela peut effectivement être tout cela à la fois. Avec un peu de patience, vos pierres artificielles trouveront rapidement leurs places dans vos bacs ou dans d’autres ! Et rien ne vous empêche de réaliser de cette manière des caches pour pompes de brassage, éléments techniques, supports de boutures… La seule limite est celle de votre imagination !

Autres liens

Le béton : comment résiste-t-il à l’eau de mer
La machine à pierres vivantes